Si certains ussonnais sont partis gagner leur vie dans de lointaines « provinces étrangères » comme certains scieurs de long ou colporteurs, Usson a vu arriver, à différentes époques, des marchands dauphinois, dès la fin du XVIIè siècle et jusqu'à la fin du XVIIIè. Ils s'installent à Usson et dans la région, par groupes de frères, cousins ou amis, et c'est souvent à l'occasion de leur mariage qu'on apprend leur existence et leur provenance. Ce sont des actes notariés et les registres paroissiaux et d'état civil qui en ont gardé quelques souvenirs.
C'est tout d'abord un acte (ADL:5E31-171) du 18 novembre 1678 qui nous le fait connaître. Il s'agit d'un bail, passé par Me Estienne Daurelle, Me pharmacien d'Usson, à Me Esprit Bœuf, marchand, natif de Saint-Eusèbe en Dauphiné.
Voici l'essentiel de la transcription:
« Fust présent en sa personne Me Estienne Daurelle, Me pharmacien du présent lieu d'Usson, de gré et volunté a assancé … à Me Esprit Boeufz, marchand, natifz du lieu de Sainct Usèbe en Daulphiné, à présent demeurant au présent lieu, … une sienne boutique, estant au desoubs de sa maison scise au présent lieu et au devant l'esglise, le devant de ladicte boutique visant au matin, … pour une année … moiennant la somme de six livres, … de laquelle boutique il jouira en bon père de famille, ...
Faict et passé audict Usson, le XVIIIè septembre 1678 apprès midy, présents Me Mathieu Martin, marchand, natifz dudict Usèbe ...et Jean Bravard, laboureur dudict Usson ... ».
A la suite de cet acte, un autre, du 27 novembre 1679, prolonge ce bail de deux ans, et Estienne Daurelle lui loue, en plus, « le desoubz de sadicte maison vis à vis ladicte boutique, sans aulcune réserve que d'y fere la lécive et paistrir son pain ».
Tous les documents le situent en Dauphiné et certains précisent : dans le diocèse de Gap. Il est, actuellement, dans le département des Hautes Alpes. Il est nommé, parfois, Saint-Eusèbe-en-Champsaur, il est dans cette région du Champsaur, à 20 km au nord de Gap. En 2018, la commune de Saint-Eusèbe a fusionné avec Chauffayer et Les Costes pour former une nouvelle commune : Aubessagne.
Les registres paroissiaux d'Usson ne mentionnent pas son mariage mais donnent la naissance de deux enfants :
-Alexandre, né le 18 septembre 1685, « fils naturel et légitime à Esprit Beuf et à honneste femme Clauda Charet, marchand d'Usson. Le parrain a esté Alexandre Beuf du bourg de Sainct Anthème, la marraine Chaterine Chataing dudit lieu d'Usson ».
-Gabrielle, née le 29 août 1687, qui a pour parrain Jacques Charet d'Usson et pour marraine Gabrielle Barrier de Saint Anthème..........................
Dans le numéro précédent des Carnets d'Usson, nous avions présenté la famille Saigne, trois générations successives de maîtres peintres, sur la rive gauche de l'Ance, à Pontempeyrat, l'un des nombreux lieux-dits de la paroisse d'Usson. Cette année, nous étudierons toutes les familles qui y possédaient un ou plusieurs bâtiments dont elles payaient la redevance annuelle au seigneur du lieu, inscrite dans le précieux « Terrier de Pontempeyrat » conservé au Puy, aux Archives Départementales de la Haute-Loire sous la cote 1E419.
Il contient 29 recognoissances de femmes et d'hommes, quelques uns n'habitant pas forcément dans ce lieu, mais étant tous redevables d'un impôt annuel à leur seigneur pour chaque parcelle possédée. Dans cet article, nous nous intéresserons uniquement aux propriétaires des dix-neuf maisons d'habitations et de deux bâtiments situés à proximité.
Les maisons d'habitations
Il faut distinguer différents types de maisons: maisons entières, étage ou partie d'une maison, maisons avec étable et grange, celles avec jardin et cour , maisons avec boutique, maisons en ruines(chazals) et enfin un bâtiment spécifique, un esmouloir (bâtiment contenant une meule servant à aiguiser). Pour cinq d'entre elles,le notaire précise qu'elles sont « dhault en bas couvertes à thuilhe ». Certains tenanciers n'habitent qu'un étage ou qu'une partie de maison . Elles sont toutes habitables sauf deux, le chazal dans le village et l'esmouloir que possède le notaire Guillaume-Louis Grand au bord du Chandieu.
Quant à la superficie des maisons, il est difficile de s'en faire une idée car elle n'est donnée que lorsqu'elle est comprise dans une parcelle incluant jardin ou cour. Pour exemple, la maison du notaire Me Grand, avec sa petite étable et sa cour couvre « deux tiers de coupe ». Par contre, la maison de la veuve et du gendre du maréchal, avec sa boutique et son petit jardin est d'une surface de « une couppe et troys quartz » (une coupe correspond à environ 112m2).
Il manque évidemment la plus grosse maison dans le paysage, c'est la maison du seigneur Pons Daurelle, dans laquelle les habitants sont tenus de venir chaque année payer leur taxe, mais qui n'y vit pas puisqu'il est écrit qu'il habite « au chasteau du Crozet ». Et enfin, le moulin du seigneur sur la rivière d'Ance.......................
"3 janvier 1783
Enquête faite par Nous Pierre Teilhard chevalier seigneur de Beauvezeix et autres places conseiller du Roy doyen de la cour des aydes de Clermont ferrand commissaire en cette partie en execution de l'arrêt dicelle du 20 decembre mil sept cent quatre vingt deux assisté de Me Gilbert Moranges greffier de la cour a la requête des sindic corps commun et habitants de la paroisse d'Usson cotte d'Auvergne second quartier poursuite et diligence de Jean Faveyrialle sindic contre les Sieurs de Pierreux et demoiselles leurs soeurs, a laquelle enquête et audition de témoins assignés en vertu de notre ordonnance du quinze du courant avons procedé en notre hotel a part et separément
Du vingt trois janvier mil sept cent quatre vingt trois, heure de deux de relevée
Pierre Antoine Tardivier agé de quarante ans laboureur habitant du bourg d'Usson coté du forest lequel apres serment par luy prété la main levée a Dieu de dire vérité a dit se nommer ainsi que dessus, avoir été assigné a la requête de Jean Faveyrial sindic du corps commun et habitants de la paroisse d'Usson contre les Sieurs et demoiselles Dupierreux par exploit de Vital Aubert sergent du vingt courant de la copie duquel il a justifié, n'etre d aucune des parties parent et allié serviteur ny domestique et enquis sur les faits mentionnés audit arrêt de la cour dudit jour vingt decembre dernier duquel lecture luy a été faite
Dépose qu'il est de sa connoissance que les Sieurs et demoiselles Dupierreux ont deux domaines l'un dans le quartier d'Auvergne, l'autre dans le quartier du forest, qu'ils font valoir a leur mains celuy d'auvergne et qu'ils ont un grangier ou métayer dans celui du forest, qu'outre cela ils ont dans le quartier d'auvergne un champ d'entour sept quartonnées qu'ils font valoir comme le domaine d'auvergne, et dans le quartier du forest deux autres terres ou champs détachés, une d'environ sept quartonnées, l'autre d'onze quartonnées et un jardin d'environ deux quartonnées, qu'ils font valoir a leurs mains ledit jardin, qu'a l'égard des deux terres, celle de onze quartonnées est exploitée par des colons, celle de sept quartonnées est ditte par les sieurs Dupierreux jointe a leurdit domaine du forest luy deposant n'ayant jamais vu travailler ladite terre par ledit métayer ou grangier, l'ayant vue au contraire jusques a trois ans en deça travailler par les domestiques des sieurs Dupierreux et depuis par des gens autres que leurs domestiques ou ledit grangier, qu'ils ont encore en auvergne attenant les batiments de leur domicile un petit jardin d'entour une coupée et demi qu'ils font valoir a leurs mains et dans lequel ainsi que dans celuy du forest ils sement des plantes potagères des chanvres ou autres grains, qu'ils ont encore en auvergne un Rocher d'environ deux quartonnées, buissons ou autre mauvais terrain et deux places de bois essence pin ou hetre dont il ne connait pas la contenue, ne point scavoir au surplus comment lesdits sieurs et demoiselles Dupierreux sont traitées relativement aux impositions qui est tout ce qu'il a dit scavoir;
Lecture a luy faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité y persister ny vouloir ajouter ny diminuer et a requis taxe que nous luy avons faite de la somme de sept livres dix sols a l'encontre dudit sindic et avons signé avec ledit Tardivier et ledit Moranges lesdits jour et an
Jean Turenne autre temoin a nous produit ainsi que des autres parts assigné par exploit de Vital Aubert sergent de la copie duquel il a justifié apres serment par luy fait la main levée a Dieu de dire vérité a dit se nommer ainsi que dessus etre agé de quarante deux ans journalier habitant du bourg d'Usson du coté du forest, d'aucune des parties n'etre parent allié serviteur ny domestique et enquis sur les faits mentionnés audit arret du vingt décembre dernier duquel lecture luy a été faite ..........................